Primaire

Les difficultés

L’intégration au primaire de l’enfant dyspraxique sera différente, selon qu’il a ou non des troubles associés (dyslexie, dysphasie, hyperactivité avec trouble de l’attention). Si seuls les troubles praxiques prédominent, l’élève pourra suivre une scolarité normale avec certains aménagements ( par ex. ordinateur, AVS…).
L’enseignant doit bien comprendre la nature du handicap, par exemple  les troubles de l’organisation du regard d’un enfant Dyspraxique Visuo Spatiale, pour analyser d’où viennent les difficultés et adapter le travail. Nous verrons les différentes difficultés qui vont se poser lors des apprentissages fondamentaux : la lecture, l’écriture et les mathématiques.

Les mathématiques

Les enfants dyspraxiques souffrent pour la plupart de troubles de l’organisation du regard et de la structuration spatiale, troubles qui sont à l’origine de leurs difficultés en arithmétique et en géométrie. Nous verrons pourquoi ils éprouvent des difficultés et comment nous pouvons les aider.

Difficultés en numération

Dénombrer une collection d’objets nécessite de coordonner plusieurs actions :

  • parcourir des yeux la collection : chaque élément l’un après l’autre,
  • pointer avec le doigt chaque objet une fois et une seule, sans en oublier ou le pointer plusieurs fois,
  • réciter oralement la comptine numérique.

Les enfants n’arrivent pas à gérer ces tâches simultanément et ne peuvent compter d’une façon fiable des collections.Ce qui risque de compromettre leur conception du nombre.

Que faire pour les aider?

  • pour les faire compter, c’est intéressant d’utiliser des jetons ou des objets déplaçables(plutôt que de compter des objets dessinés sur le papier), mais il faut trouver des astuces pour faciliter les manipulations autrement ils en oublient ou comptent 2 fois le même objet. On peut par exemple : mettre les objets comptés dans une boîte, les placer sous forme de constellation du dé (domino). On peut utiliser une abaque ou un boulier du type abacco 20.
  • Il faut les entraîner à percevoir globalement les petites collections disposées comme les constellations du dé (ou groupées de façon à faire apparaître les décompositions : 5 points et 4 points, 6 points et 4 points)

On peut utiliser « l’album à calculer de R.Brissiaud »chez RETZ : On apprend les différentes décompositions des nombres jusqu’à 7. Par exemple : Pour l’histoire des 4 souris : Sur la page de gauche, il y a quatre souris dans un fromage qui a quatre trous (les trous sont disposées comme sur le dé), sur la page de droite, le sol est vide.Sur les pages suivantes, 2 souris sont parties par terre et il en reste 2 dans le fromage (l’enfant apprend que 2 et 2 souris çà fait 4 souris, que 3 et 1 souris çà fait 4…..) il y a un système de rabas pour cacher soit la page de gauche ou de droite.L’enfant peut également feuilleter l’album seul.

  • Il faut développer l’apprentissage du calcul mental et de ses règles.
  • Il faut s’appuyer sur la file numérique pour travailler les notions d’ajout et de retrait de petites collections.Par ex : Fabriquer une grande file numérique (d’abord jusqu’à 10) en carton :
    • On peut utiliser un dé avec 2 faces 0, 2 faces 1, 2 faces 2, choisir 2 figurines Pokémon ou autres. Le premier qui arrive sur le 10 gagne.
    • On peut partir de 10 et descendre.
    • Si on utilise un dé normal, on travaille les compléments à 10.
    • On peut ensuite travailler le passage de la dizaine,
    • et les calculs de 10 à 20 en rajoutant la suite de la file numérique. etc.
  • Il faut utiliser les faits numériques L’enfant ne calcule pas, il apprend par coeur : les résultats des tables, les doubles puis partir des doubles pour apprendre les autres faits numériques .
  • Il faut utiliser du matériel qui favorise l’accès au calcul mental. éviter le recours au matériel à manipuler et à dénombrer :
  • la boite de Picbille,
  • Les réglettes Brissiaud,
  • les réglettes en couleur cuisenaire,
  • la balance à compter (chez Celda),
  • le boulier Abacco 20.

     Géométrie

    La pose et la résolution des opérations des opérations sont rendues difficiles par la nécessité de produire un algorithme spatial :

    • écriture des nombres (de droite à gauche, mais lecture de gauche à droite)
    • alignement en colonne des unités, dizaines, centaines, positionnement des retenues…

      • on peut utiliser des tableaux et des couleurs pour aider à poser les opérations,
      • on peut proposer des logiciels informatiques réalisant la pose des opérations(surtout pour visualiser le reste dans les divisions,
      • on peut leur faire écrire les opérations en ligne ou ne pas les écrire du tout, favorisant ainsi le calcul mental,
      • on peut permettre l’utilisation précoce d’une calculette.
    Les tableaux à double entrée, le repérage de points comme intersection de lignes/colonnes et l’ensemble des représentations graphiques sont d’accès difficiles du fait des troubles d’organisation spatiale (et non pour des raisons conceptuelles)
    L’ accés à la géométrie est très difficile.
    • L’utilisation d’outils tels la règle, le compas, le rapporteur, l’équerre est très compromise,
    • Ils ne peuvent réaliser, copier des figures géométriques,
    • Il faut donc privilégier l’utilisation de logiciels spécialisés (cabri géomètre par exemple) pour permettre l’accés à certaines notions.

    Pour la résolution de problèmes : Il faut veiller à ce que la présentation (image, schéma…) ne soit pas une gêne.

    Il faut favoriser la formalisation du problème : par la verbalisation…..

    Ecriturene_pas_me_faire_copier Simpson

    Certains enfants dyspraxiques parviendront à écrire surtout s’ils ont suivi une rééducation (en ergothérapie) d’autres auront beaucoup plus de mal, et il faudra alors privilégier l’écriture clavier. Mais, il faut toujours être conscient que pour l’enfant dyspraxique gérer laborieusement le contrôle du dessin des lettres est une tâche qui absorbe toute son attention, ne lui laissant que peu de disponibilité pour gérer simultanément d’autres informations, plus conceptuelles : écouter ce qui est dit, faire attention à l’orthographe.
     Il faut avoir conscience que l’enfant a des difficultés en écriture :
    • à cause de son problème praxique (difficulté à automatiser les gestes),
    • car il va se contracter (phénomène de paratonie) et être encore plus gêné pour écrire,
    • car il a du mal à se repérer dans l’espace plan et que tous les balisages destinés à baliser cet espace (les lignes, les marges, les carreaux ) vont le perturber davantage au lieu de l’aider.

    Il faut limiter l’écriture manuelle autant que possible :

    • mots isolés, écritures des chiffres,
    • prévoir des exercices à trous.

    On peut tolérer un graphisme malhabile et agrandi, à condition qu’il soit lisible : l’enfant doit pouvoir se relire.

    Ne jamais encourager les aspects « présentation » ni la qualité de l’écriture manuelle au dépends de la rapidité d’exécution ou de la lisibilité.

    Eviter de faire copier l’enfant!

    Ne pas lui faire copier les leçons, les poésies , les devoirs..car cela engendrerait une fatigue trop importante, copier ne l’aide pas à mémoriser ! Il faut donc :

    • Fournir à l’enfant des photocopies de qualité (présentation, contraste) ou scanner les textes,
    • Noter les devoirs dans son cahier de texte ou désigner un « secrétaire »(enfant, AVS) pour le faire,
    • L’orthographe d’usage doit être apprise oralement (répétition, épellation, ethymologie).
      • J’utilise les lettres magnétiques pour travailler l’orthographe pour renforcer l’apprentissage à l’oral. Cela lui permet de mieux intégrer la structure du mot et d’effectuer des manipulations sur le mot ex : travail sur les homonymes : un saut , un seau, un sot .

    Privilégier l’écriture clavier :

    • Il faut inciter l’enfant à utiliser le clavier de son ordinateur,
    • il faut valoriser ses productions : présentation, lisibilité, rapidité d’exécution.

    Des conseils pour aider ceux qui arrivent à écrire :

    • ne pas faire copier à partir de modèles,  » la copie est toxique »,
    • on peut guider la main de l’enfant quand il écrit pour « qu’il sente le geste « , il apprend les tracés à l’aide de sa mémoire kinesthésique et non à l’aide de sa mémoire visuelle, il faudra veiller à ce que le tracé des lettres se fassent toujours de la même façon,
    • proposer d’écrire ou de tracer sans regarder,
    • accompagner verbalement les mouvements (on monte, on tourne vers la gauche et on redescend tout droit, puis on tourne vers la droite…)
    • utiliser des outils qui glissent bien (Velleda, stylo bille gel, feutres…),
    • penser à varier les supports et leur orientation ex :écrire sur un tableau velleda à la verticale,
    • Utiliser des cahiers qui n’ont qu’une ligne (clairefontaine), car les lignages sont bien souvent une gêne plutôt qu’une aide. (Si l’enfant accepte d’avoir des cahiers différents.)
    • Si l’écriture cursive est trop difficile pour lui , preferer l’écriture scripte qui élude le problème des attaches entre les lettres, mais en étant vigilant sur les espaces entre les mots qui doivent être plus larges que les espaces entre les lettres.( L’écriture scripte est souvent plus facile que l’écriture bâton car il y a moins d’obliques)

    Il faut toujours que l’activité d’écriture ait un sens : on écrit pour se souvenir, pour communiquer à distance (correspondance ) pour raconter, pour remercier, pour convaincre…C’est important d’en tenir compte pour motiver l’enfant.

    Guy Réveillac compare l’apprentissage de l’écriture avec l’apprentissage (praxique) du dribble au basket-ball. » Un enfant ordinaire apprend à dribbler en regardant le ballon rebondir. Petit à petit, il faut qu’il apprenne à dribbler sans regarder, car le but d’un dribble c’est de pouvoir regarder en même temps la position de ses partenaires et adversaires. Donc, il doit devenir capable de ne se fier qu’à ses sensations tactiles et kinesthésiques et non visuelles. L’enfant porteur d’une dyspraxie visuo-spatiale doit apprendre d’emblée à dribbler sans regarder. C’est sans doute plus long, plus difficile surtout au début mais l’objectif reste identique »

    Il faut également faire attention que la posture corporelle soit convenable pour éviter que l’enfant ne se contracte en écrivant. Pour un jeune IMC, il faudra peut être adapter la table selon les conseils de l’ergothérapeute pour faciliter l’écriture (proposer une table évidée au niveau de la poitrine de manière à permettre un bon appui de l’avant bras.)

    Lecture

    Dyspraxie visuo-spatiale et apprentissage de la lecture

    Les enfants dyspraxiques ont généralement une très bonne conscience phonologique et phonémique (surtout si cette compétence a été travaillé dès la maternelle). Ce qui va leur permettre d’apprendre à lire normalement en CP.
    Cependant les enfants souffrant de dyspraxie visuo-spatiale( du fait de leurs problèmes d’organisation du regard) vont être gênés : pour accéder à la lecture « courante », pour la lecture de textes (difficultés à retrouver les informations)

    Difficultés possibles

    • La plupart des méthodes de lecture au CP sont à départ global : Pour pouvoir rapidement lire des petits textes, les enfants apprennent à reconnaître globalement des mots (en les photographiant) et à mémoriser leur correspondance orale. Les enfants dyspraxiques visuo-spatiaux ne pourront mémoriser les mots globalement, on utilisera peu la méthode globale sauf pour les mots outils : dans, sur, avec, sous, et , est …et les. mots courts : il, elle, son, vous, petit…..
    • Les enfants risquent de stagner à un stade de déchiffrage plus ou moins efficace et laborieux. Ils sont très vite fatigués et ne peuvent plus se concentrer car,
      • Ils confondent les lettres:
        • à cause de leurs formes : h/n/r, f/t,
        • de leurs orientations : p/q d/b,
        • selon la lettre qui précède ou suit,
        • selon le type de police utilisée,
        • si il s’agit d’écriture cursive (liée) ils ont du mal à séparer les lettres.
      • Ils butent sur les sons complexes : -ex : ou, oi, ouin, ain,…
      • Ils lisent na au lieu de an, ils voient ou au lieu de on,
      • Ils ont du mal à découper le mot en syllabes alors qu’ils n’ont aucun problème à l’oral,
      • Ils oublient des mots ou des lignes.

    Comment faciliter la lecture?

    • en adaptant les textes (selon les besoins de l’enfant),
    • en utilisant l’ordinateur pour préparer les textes de lecture,
    • en préfèrant l’écriture script : toujours la même police de caractères (éviter les textes écrits à la main en cursive),
    • en agrandissant les caractères et les espaces entre les mots,
    • en utilisant des interlignes plus grands
    • en rajoutant des repères colorés,
    • en marquant le début de la ligne d’un point vert et la fin de la ligne d’un point rouge, ou mettre un trait vert dans la colonne de gauche,
    • en surlignant chaque ligne avec des fluos de couleurs différentes mais toujours en suivant la même séquence de couleurs pour que l’enfant puisse savoir où il est,
    • en entraînant l’enfant à suivre avec le doigt, mettre le doigt aprés chaque mot à lire. En utilisant un cache pour séparer les syllabes (pendant l’apprentissage) délimiter le mot , la ligne,
    • en plaçant la feuille à la verticale sur un lutrin,
    • en vérifiant que l’enfant n’a pas un champ de vision restreint (faire un bilan orthoptique).

    Sources de l’article :

    Site nationale de l’association  –http://www.dyspraxie.info/

    Pour aller plus loin

    Agnès Fereyre (IUFM Lyon) et Alain Crouail (Rééduquer dyscalculie et dyspraxie)
    Troubles spécifiques en apprentissage : les prendre en compte en mathématiques quelques pistes Site Inserm
    Pour mieux comprendre la dyspraxie à l’école

    Site dédié aux adaptations scolaires  pour un élève souffrant de  dyspraxie
    Le cartable fantastique de Manon