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MOOC DYS: ouverture le 15 octobre. Inscrivez vous!

Le MOOC Dys est un MOOC collaboratif :  une formation en ligne, gratuite et ouverte à tous sans condition d’âge ni de diplôme.  Toute personne intéressée par les troubles spécifiques de l’apprentissage peut donc s’inscrire et participer au parcours.

Mais nous avons créé deux modules spécifiques pour deux publics particulièrement concernés par ces troubles :

Ce programme a été co-construit par les partenaires du MOOC Dys et les partenaires associés, c’est-à-dire des institutions et représentants des parents et des enseignants qui ont participé notamment à une réunion à Lisbonne dans le cadre de notre projet Erasmus+.

Vous pouvez donc suivre :

  • Le parcours commun
  • Le parcours commun plus le module « Parents »
  • Le parcours commun plus le module « Enseignants »
  • Le parcours commun plus les modules « Parents » et « Enseignants »

Haut potentiel et Dyslexie, Dyspraxie et autres dys. : le syndrome de l’imposteur

Article paru sur le site www.toutpourapprendre.com

Plus que tout autre enfant à haut potentiel, cet enfant, cet ado est un albatros.
Perdu dans ses pensées, il est roi dans l’espace.
Maitre de ses passions, il s’enflamme, il existe, il est.

Et puis, le sol approche… il doit se poser et ses grandes ailes s’emmêlent dans ses pieds…

Haut potentiel, généralement antonyme de  modération

L’enfant et l’ado à haut potentiel sont souvent hyper-émotifs, hyper-sensibles, hyper-réactifs à l’injustice (surtout celle dont ils se sentent victimes).
Ils sont généralement avides de découvertes en lien avec leurs passions.
Souvent, plus ils grandissent, plus ils s’interrogent sur le sens de ce qui les entoure, le sens de la vie, le sens de leur vie.
Sur Tout pour apprendre, retrouvez ici notre série de billets sur le Haut potentiel.

Etre dys, synonyme de s’adapter, compenser

L’enfant et l’ado dys rencontrent des difficultés variées liées au(x) trouble(s) dys dont ils souffrent.
Comme les autres dys, les automatismes se créent peu et difficilement. Ils doivent apprendre à s’adapter, compenser jour après jour.
Pour en savoir plus sur les principales dys, cliquez sur les 4 intitulés suivants : Dyscalculie, Dyslexie, Dysphasie et Dyspraxie.

Etre dys et à haut potentiel, c’est plus facile, non ?

C’est une remarque que l’on entend régulièrement.
Outre le fait qu’il est très difficile de comparer deux dys tant elles peuvent être différentes : différentes en raison du degré d’atteinte, du caractère de l’enfant et de son vécu, du soutien qu’il a pu trouver, des adaptations qu’il a réussies à mettre en place, la réalité est bien plus complexe.

Tout d’abord l’enfant ou l’ado peut avoir une dys plus prononcée qu’un autre dys non zébré (pas à haut potentiel).
De plus, comme évoqué dans la première partie de ce billet, le zèbre est rarement modéré, son cerveau peine à connaître le bouton « stop ». Or, un zèbre en difficulté ne comprend pas, il pense souvent être un imposteur : si son cerveau est tellement rapide, pourquoi est-il en difficulté, pourquoi se sent-il si incompétent, stupide ? Il s’affole.

Le syndrome de l’imposteur

Face à ce sentiment d’imposture, deux réactions s’offrent alors à lui :

  • Décrocher et/ou jouer les perturbateurs parce que la vérité est insupportable, parce qu’il perd pied ou parce qu’il ne peut accepter les efforts démesurés qui devraient être les siens pour compenser.

Dans cette situation, il rencontre régulièrement l’incompréhension et connait fréquemment l’échec scolaire et la perte de confiance en lui, sauf s’il parvient à découvrir une passion valorisante en dehors du système scolaire.

  • Redoubler d’efforts, de travail, de compensation.

Fréquemment ses difficultés sont minimisées, il entend qu’il n’est pas « si dys » ou bien que le « haut potentiel lui permet de compenser ». Oui, cet enfant, cet ado là comprend rapidement. Mais non, il n’a pas toujours une bonne mémoire, il peut même voir s’ajouter d’autres difficultés comme un trouble du déficit de l’attention. S’il parvient à obtenir de bons résultats, on en déduira que « c’est normal, il est à haut potentiel », ne s’apercevant pas de la somme d’efforts et de travail qui ont été nécessaires.
En plus du syndrome d’imposture, il devra prouver sa réalité à ceux qui la minimisent et dont il dépend (responsables des aménagements en particulier), il s’épuisera plus encore…
Ici j’évoquais l’épuisement de l’ado dyspraxique, l’ado multi-dyspraxique et zébré aux pensées envahissantes sera épuisé…

Ne doutez pas de ses difficultés. Oui, son haut potentiel l’aide dans certaines circonstances (possible capacité à rebondir, compréhension plus rapide), mais celui-ci le dessert également (besoin du mot juste, besoin de justice, besoin de comprendre, sentiment d’imposture tant le grand écart peut être grand entre son « potentiel » et ses difficultés). Si on minimise ou -pire- nie sa dys pourtant avérée, le syndrome d’imposture grandit. Son cerveau s’emballe, il ne comprend pas pourquoi il doit déployer tant d’efforts, il perd confiance, il perd pied.

A ces enfants là, on proposera rarement un saut de classe ou mieux des enrichissements. Pire, parfois, on leur imposera un redoublement, accentuant alors le syndrome de l’imposteur. L’enfant ou ado ne sait plus qui il est. Les rouages de son cerveau s’accélèrent : faute d’avoir de la matière pour réfléchir, il cogite, il s’inquiète, il se demande s’il aura une place en ce monde, la déprime approche… La dépression parfois…

Ne choisissons pas pour eux, gardons-leur notre confiance. Ne minimisons pas leurs difficultés, mais ne les stigmatisons pas non plus. Ils sont zèbres ET dys ou dys ET zèbres, ils ont donc besoin des adaptations des uns ET des autres. Ils ont besoin de pouvoir occuper leur cerveau. Pour eux, les redoublements bien sûr, mais aussi les textes au vocabulaire simplifié, les apprentissages tronqués sont difficiles à vivre. Le système scolaire ne dure qu’un temps. Encouragée, leur capacité à penser autrement sera un atout.
Ils ne sont pas des imposteurs, ils sont de magnifiques albatros !

Merci d’avoir lu cet article et à bientôt pour de nouveaux outils !

Isa LISE, enseignante spécialisée et autrice

Si votre enfant est à haut potentiel, Magie des mots pourrait bien l’intéresser ! En effet, de nombreuses situations d’écriture lui sont proposées. De plus, la collection tient compte des dys !
Clic pour en savoir plus : 5/8 ans, 9/12 ans, ados.

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Petit témoignage d’une maman dyspraxique

Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs d’enfance, la vie pratique m’a toujours parue très compliquée, déjà enfant, je n’arrivais jamais dans toutes mes activités au même résultat que les autres enfants, sans savoir pourquoi et j’en ai conçu une véritable culpabilité et des complexes croissants.

Impossible de jouer au football (j’étais en primaire en Côte d’Ivoire dans une petite école privée de 10 enfants avec uniquement des garçons) et dès le départ je me suis retrouvée à l’écart de leurs jeux à toutes les recréations, j’essayais aussi diverses activités comme la danse, mais impossible de tenir en équilibre..tout ce que j’essayais ratait ou était terriblement long à obtenir, mais j’avais quelques bonnes amies malgré tout, j’étais dans un environnement protégé avec une maîtresse qui m’aimait bien et s’occupait beaucoup de moi, donc mes difficultés se voyaient moins et je vivais dans un système plus détaché des apparences et des codes sociaux.

Quand je suis arrivée en France au collège les ennuis ont commencé, j’arrivais dans un environnement dont les valeurs m’étaient totalement étrangères dans une société dont je me sentais à des années lumières !.

A l’école le rythme avait changé, je suis passée de 10 enfants et une maîtresse très attentive à une classe de 30 enfants de culture complètement différente avec des tas de professeurs qui n’avaient aucun temps à me consacrer. Les ennuis scolaires sont arrivés aussi avec un nouveau rythme de travail et ma dysgraphie qui a commencé à me peser lourdement, en effet j’étais totalement incapable d’écrire et d’écouter à la fois (sans en avoir conscience) ce qui fait que je ne notais qu’un mot sur deux .Au final, à la fin du cours je ne pouvais jamais me relire, et c’est ainsi que mes difficultés scolaires se sont aggravées.

Parallèlement ces difficultés scolaires se sont doublées d’une incapacité à m’intégrer à toutes les activités collectives, sportives compte tenu de mes difficultés psychomotrices non détectées ce qui fait que j’ai passé une partie de mon collège seule ou bouc émissaire d’enfants méchants avec moi et un sentiment de désarroi complètement intraduisible pour moi concernant son origine !Mais mes complexes s’aggravaient, physiques, sociaux, intellectuels et j’ai du mon salut au fait de venir d’une famille instruite et d’une certaine ténacité à travers l’adversité ..Je suis devenue une sorte de zombie perdue dans son chagrin et sa révolte vis-à-vis de cette société qui lui semblait toujours autant étrangère et inhospitalière.

Outre le fait que tout cela m’a conduit très tôt dans une dépression dont je n’avais pas conscience, j’avais le sentiment comme Sisyphe de pousser un énorme rocher qui ne bougeait jamais, je me sentais incapable de tout, et le paroxysme de ce sentiment d’échec s’est manifesté quand j’ai réussi à intégrer une classe de prépas littéraire, le rythme était si dense que je n’arrivais plus à rien noter du tout ni à comprendre quoique ce soit, j’ai fini vraiment par me persuader que je n’arriverai jamais à rien.

En dehors de l’école, j’étais une jeune fille timorée, je n’avais aucun succès avec les garçons car je me détestais violemment avec ce corps qui ne m’obéissait pas, cette société qui me paraissait tellement superficielle ; je vivais quelque part presque déconnectée du réel tellement je me sentais malheureuse ; je souffrais en permanence dans mes relations sociales ; j’étais une véritable écorchée vive.

La situation s’est améliorée sensiblement vers l’âge de 20 ans lorsque j’ai quitté le foyer familial pour aller faire mes études dans une autre ville, j’ai d’abord résidé dans un foyer de religieuses où j’ai rencontré des copines formidables très ouvertes et sensibles et pour la première fois j’ai ressenti ce sentiment d’être enfin intégrée dans un groupe. Je me suis mis à devenir sociable, à rire, à m’amuser, à m’épanouir dans des relations humaines mais mes difficultés scolaires étaient toujours présentes alors que je commençais tout juste aussi à m’accepter.

J’ai malgré tout fini par décrocher péniblement un concours ce qui m’a donnée l’impression que j’avais fait déjà un grand chemin, ;je commençais enfin aussi à me sentir intégrée socialement, et j’ai été prise d’une envie de sortir très fréquemment et de voir beaucoup de monde.

Parallèlement le travail ne se passait pas très bien, compte tenu de mes difficultés psychomotrices et d’automatisation des taches je n’étais jamais à hauteur de la tache demandée et souvent critiquée.. j’en éprouvais une profonde mortification qui ne faisait qu’aggraver encore mes complexes.

Je me disais intérieurement qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond chez moi, et je ne savais pas quoi.

Quand j’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un tardivement (à 34 ans ) et de l’épouser je me suis sentie de plus en plus épanouie, surtout quand j’ai eu mes enfants, mais la vie pratique qui avait toujours été quelque chose de lourd et de compliqué pour moi est devenu un vrai fardeau quand il s’est agi de gérer une économie familiale, j’étais complètement perdue dans l’organisation, le rangement, la planification toutes ces taches un peu opposées à mes prédispositions naturelles  !

Mais j’ai fini par faire quelques progrès, grâce aussi à l’aide efficace et au soutien de mon mari, puis ma belle-sœur qui a un enfant dyspraxique m’a tout de suite détectée comme étant une possible dyspraxique en observant mon comportement ! Cette prise de conscience a fait son chemin.., il y à 3 ans j’ai commencé à me renseigner sur ce handicap et à m’y reconnaître complètement et aussi à comprendre pourquoi j’avais ce sentiment de porter un fardeau depuis toujours. Tout s’expliquait autant sur le plan physique que sur le plan des difficultés psychologiques inévitables !

J’ai souhaité alors, poussée par ma belle-sœur et mon ancienne chef au boulot, une femme très bienveillante et consciente des difficultés que j’avais rencontrées et des conséquences négatives qu’elle avaient eu sur ma vie professionnelle, à faire cette reconnaissance de handicap. Je l’ai obtenu il y a 6 mois et cette reconnaissance m’a apporté un véritable pardon envers tout ce que je cataloguais comme échecs, insuffisances, humiliations, discriminations.

Je me réconcilie à présent avec moi-même et avec toutes les facettes de ma vie remplies de mes tristesses du passées. Je relis ma vie aussi sous un autre angle et je remercie la vie pour tout ce qu’elle m’a apporté au-delà de mes souffrances, en particulier des rencontres essentielles tout au long de mon parcours chaotique avec des personnes formidables, généreuses, bienveillantes à qui je dois ma renaissance d’aujourd’hui.

Laure ( 43 ans)